Denis Tillinac Nicolas Dupont Aignan Président de la république en 2017

Denis Tillinac : Nicolas Dupont-Aignan pourrait créer la surprise en 2017


Dans sa chronique hebdomadaire, publiée le 29 avril, dans Valeurs Actuelles, Denis Tillinac, écrivain corrézien et gaulliste, proche de Jacques Chirac estime que Nicolas Dupont-Aignan, peut créer la surprise en 2017.

 

Dupont-Aignan, cette voix qui manque à la droite sur le site de Valeurs actuelles.

Et si un souverainiste créait la surprise au soir du premier tour de la prochaine présidentielle ?

Nicolas Dupont-Aignan est d’ores et déjà candidat à la présidentielle de l’année prochaine. Il recueillera sans doute les parrainages requis et les sondages le créditent d’un score supérieur aux 5 % fatidiques. Pour peu qu’il arrondisse les angles de son message, il pourrait créer la surprise au soir du premier tour et peser lourd au second. En effet son souverainisme ombrageux, hérité du gaullisme, reflète une sensibilité majoritaire dans l’électorat de droite, mais inexistante dans les discours des prétendants en lice pour la primaire. Cette sensibilité récuse plus ou moins radicalement les institutions de l’Union européenne. Elle n’est ni nationaliste ni xénophobe ; simplement elle ne mise aucune espérance sur le mirage d’une Europe qui, un jour — dans mille ans disait Margaret Thatcher —, deviendrait une entité politique supplantant les États-nations. Elle supporte de plus en plus malaisément les pouvoirs de la bureaucratie bruxelloise et doute que la France trouve ses aises dans l’ensemble flou des 28 pays membres. On y raisonne et légifère à la mode anglo-saxonne, notre latinité s’y sent en pénitence.

Cette sensibilité est plutôt à droite qu’à gauche où prévalent par principe les visions supranationales, à l’exception notoire de la mouvance chevènementiste. Certes la droite dite orléaniste, incarnée en son temps par Giscard, pérennisée par l’UDF, puis le MoDem et l’UDI, affiche un tropisme franchement unioniste, voire carrément fédéraliste. Mais l’autre droite, dite bonapartiste, plus populaire, plus cocardière, plus enracinée dans les provinces et pesant plus lourd dans les urnes, n’a pas le moins du monde la fibre européiste. À juste titre elle hausse les épaules quand on lui serine que la “construction européenne” a garanti la paix sur le continent. Cette fable ne tient pas debout : c’est le parapluie nucléaire américain, en épilogue au plan Marshall, qui a protégé de l’impérialisme soviétique les pays de l’Europe occidentale. Dont la France. Et la réconciliation avec l’Allemagne, scellée en 1963 par de Gaulle et Adenauer, aura clôturé un moment historique où nous fûmes en rivalité ouverte. Désormais, nous sommes amis, et nul ne conteste le bien-fondé du traité de Rome instituant un marché commun dont le couple franco-allemand est par définition le moteur. Nul ne conteste la nécessité d’harmoniser les lois fiscales et sociales de part et d’autre du Rhin. Nul ne conteste les avantages d’une entente aussi cordiale que possible sur le plan de la géopolitique, encore que nos intérêts divergent à maints égards. Mais les prétentions politiques d’un condominium englobant pêle-mêle des Latins, des Scandinaves, des Germaniques et des Slaves outrepassent les projets raisonnables de bon voisinage.

Le risque d’une dilution de la France — sa personnalité, son indépendance, son âme pour tout dire — existe bel et bien. Le même risque génère d’ailleurs des hantises comparables chez la plupart de nos voisins où progresse un vote populiste de défiance. Beaucoup de Français, beaucoup d’Européens sont convaincus que la machinerie de l’Union n’est qu’un leurre à la remorque d’un fantasme. Beaucoup préféreraient que chaque nation renoue avec son identité et déserte paisiblement l’Union, sans pour autant renoncer aux rapprochements économiques exigibles pour affronter la concurrence des Américains, des Chinois et des pays émergents.

En France, le FN a monopolisé le souverainisme car les chefs de la droite, depuis le traité de Maastricht, se sont tous alignés sur l’européisme béat des socialistes, des centristes et des radicaux.

Le parti de Marine Le Pen continuera de prospérer aussi longtemps qu’au sein de celui de Sarkozy, de Juppé, de Fillon et de Le Maire (liste non limitative), seuls auront droit de cité les thuriféraires de l’Union. Dupont-Aignan fut longtemps membre du RPR. Il serait membre des Républicains si pouvait s’y exprimer une approche de la question européenne qui a fait, entre autres symptômes, le succès des livres d’un Zemmour ou d’un Villiers. En la marginalisant, en la caricaturant, en adoptant paresseusement les thèses ressassées dans le microcosme politicomédiatique (les “élites”), la droite des partis ouvre un boulevard à Nicolas Dupont-Aignan.

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